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Starlink en Tunisie : précommandes, prix, obstacles… tout ce qu’il faut savoir

Starlink pourrait enfin débarquer en Tunisie… en 2026. La constellation d’Elon Musk ouvre ses précommandes mais se heurte encore aux exigences réglementaires tunisiennes.

Vous rêvez d’internet haut débit par satellite en Tunisie ? Il va falloir encore patienter. Après trois ans de promesses non tenues, Starlink affiche désormais 2026 sur sa carte de disponibilité pour la Tunisie. Les précommandes sont ouvertes moyennant un acompte de 9 dollars (remboursable), mais l’histoire entre SpaceX et les autorités tunisiennes ressemble davantage à un feuilleton qu’à un déploiement commercial classique. D’ailleurs, notre comparatif Starlink au Maghreb montre que la Tunisie n’est pas la seule à naviguer en eaux troubles avec la constellation d’Elon Musk.

Des tests concluants mais une licence qui tarde

Les autorités tunisiennes ne sont pas restées les bras croisés. En octobre 2023, trois kits d’antennes Starlink ont été officiellement testés à Tunis, Ariana et Gabès, sous la supervision du ministre des Technologies Nizar Ben Neji (après son voyage aux États-Unis en juillet). Résultats : 92 Mbps en téléchargement et plus de 11 Mbps en envoi. De quoi faire pâlir bien des connexions ADSL tunisiennes.

Attention cela dit, ces performances ne garantissent rien sur le plan réglementaire. L’Instance Nationale des Télécommunications de Tunisie (INTT) n’a toujours accordé aucune licence à SpaceX, malgré une demande d’autorisation déposée en janvier 2023. Trois ans d’attente, c’est long, même pour des démarches administratives tunisiennes.

L’INTT a lancé une étude de faisabilité en mars 2025 qui recommande d’autoriser au minimum deux opérateurs de satellites en orbite basse (LEO), avec des licences de cinq ans. Reste à voir si cette ouverture théorique se concrétisera par des autorisations pratiques.

Le blocage sur la souveraineté des données

Le véritable nœud du problème réside dans les exigences tunisiennes en matière de souveraineté numérique. La Tunisie impose à tout opérateur satellite soit l’installation d’une station sol locale, soit le routage du trafic tunisien via des infrastructures locales. Une demande que Starlink refuse catégoriquement, préférant garder la main sur son architecture réseau mondiale.

Cette position s’est encore durcie depuis la politique de Starlink du 15 janvier 2026, qui autorise explicitement l’utilisation des données de navigation pour entraîner l’intelligence artificielle Grok. Autant dire que les discussions avec les autorités tunisiennes risquent de s’éterniser (et c’est compréhensible).

Petit à petit, on comprend mieux pourquoi les dates se sont enchaînées sans succès : 2023, puis 2025, et maintenant 2026. Chaque report correspond en réalité à un nouveau round de négociations infructueuses entre SpaceX et l’INTT.

Une alternative chère face à l’explosion de la 5G

Côté tarifs, Starlink ne sera pas donné. Les estimations tournent autour de 350 à 500 dollars pour le kit (contre 349 euros en Europe) et 30 à 50 dollars par mois pour l’abonnement. À titre de comparaison, un abonnement ADSL tunisien coûte environ 43,9 dinars par mois (soit 13 euros) pour du 20 Mbps. Starlink coûtera donc trois fois plus cher que l’ADSL local, sans compter l’investissement initial.

Cette équation tarifaire explique pourquoi les projections restent modestes : pas moins de 10 000 abonnés à court terme, et peut-être 300 000 d’ici 2030. Des chiffres qui positionnent Starlink sur un marché de niche plutôt que comme une menace directe pour les opérateurs historiques Tunisie Télécom, Ooredoo (qui domine le mobile avec 42,9 % de parts de marché) et Orange.

D’autant que la Tunisie vient de fêter le premier anniversaire de sa 5G en février 2025, avec déjà plus de 200 000 foyers équipés en 5G FWA (accès fixe sans fil). La consommation data a bondi de 93 %, passant de 175 à 338 Go par abonné. Selon Ookla, la Tunisie se classe 72e mondial avec 57,3 Mbps de débit moyen. Pas si mal, malgré tout.

Les opérateurs tunisiens pourraient s’y retrouver

Paradoxalement, l’arrivée de Starlink pourrait profiter aux opérateurs locaux. La réglementation tunisienne leur permet de revendre des services Starlink sous licence fixe, créant ainsi une nouvelle source de revenus pour TT, Ooredoo et Orange. Une aubaine quand on sait que la pénétration de la fibre optique plafonne encore à 4,5 % en Tunisie.

Cette stratégie de partenariat forcé ressemble d’ailleurs à ce que d’autres pays ont négocié avec Starlink. Plutôt que de laisser SpaceX opérer en direct, ils imposent un passage par les acteurs locaux. Une manière de préserver l’écosystème télécoms national tout en bénéficiant de l’innovation satellite.

Attention tout de même : avec seulement 7 à 9 % de smartphones compatibles 5G en circulation et l’extinction programmée de la 3G pour mi-2027, la Tunisie traverse une période de transition technologique délicate. Starlink arrive donc dans un contexte où les priorités d’investissement des opérateurs sont déjà bien définies. De quoi relativiser l’impact immédiat de la constellation d’Elon Musk sur le paysage télécoms tunisien, en somme.

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