Une étude comparative révèle qu’Android transmet vingt fois plus d’informations personnelles qu’iOS vers les serveurs de Google et des tiers. Les données collectées incluent la localisation, les habitudes d’usage et même les métadonnées des applications non-Google.
Depuis l’introduction du RGPD en 2018 et les récentes mises à jour de transparence d’Apple, la collecte de données mobiles fait l’objet d’un examen minutieux. Mais les chiffres dévoilés par l’université Trinity College de Dublin dans une analyse comparative iOS/Android montrent un écart plus important que prévu entre les deux écosystèmes.
Google collecte même au repos
Les chercheurs ont mesuré les transmissions de données sur des smartphones neufs, sans installation d’applications tierces. Résultat : un appareil Android envoie en moyenne 1 Mo de données par jour vers les serveurs Google, contre 50 Ko pour un iPhone vers Apple. Cette différence s’explique par la nature même d’Android, système où Google Services occupe une position centrale.
Concrètement, votre Pixel ou Galaxy transmet automatiquement votre position GPS toutes les 4 minutes (même avec la géolocalisation « désactivée »), l’identifiant unique de l’appareil, la liste des applications installées et leurs métadonnées d’usage. Apple collecte principalement les données de diagnostic système et les requêtes Siri, mais de manière moins fréquente et avec un identifiant temporaire renouvelé régulièrement.
L’étude révèle d’ailleurs que désactiver les services de localisation ne stoppe pas entièrement les transmissions. Android continue d’envoyer des coordonnées approximatives via les réseaux WiFi et cellulaires détectés, une pratique que Google justifie par « l’amélioration des services de connectivité ».
Les fabricants ajoutent leur propre couche de surveillance
Au-delà de Google, les constructeurs Android intègrent leurs propres systèmes de télémétrie. Samsung compte pas moins de huit services de collecte distincts sur ses Galaxy S récents : Samsung Account, SmartThings, Bixby, Samsung Pay, Health, Knox Analytics, Customization Service et Samsung Experience Service.
Xiaomi se montre encore plus gourmand avec sa surcouche MIUI, qui transmet quotidiennement :
- Les captures d’écran prises (métadonnées uniquement, selon le constructeur)
- La fréquence d’usage de chaque application
- Les réseaux WiFi connectés et leur intensité de signal
- Les numéros appelés et la durée des communications
OnePlus, Oppo et Realme (toutes marques du groupe BBK Electronics) partagent une infrastructure commune qui centralise les données de leurs 600 millions d’utilisateurs actifs. Une approche que les utilisateurs et utilisatrices découvrent souvent après achat, ces informations étant noyées dans des conditions d’utilisation de plusieurs dizaines de pages.
Apple, de son côté, limite la collecte à son écosystème propriétaire et applique un chiffrement de bout en bout sur la plupart des données sensibles. La firme de Cupertino peut se permettre cette posture car son modèle économique repose sur la vente de matériel, non sur la monétisation publicitaire.
Les alternatives restent limitées
Face à cette réalité, les solutions de protection demeurent partielles. Les ROM custom comme LineageOS ou /e/OS suppriment effectivement Google Services, mais sacrifient du même coup la compatibilité avec de nombreuses applications bancaires et de paiement. GrapheneOS propose un compromis intéressant sur les Pixel, mais nécessite des compétences techniques pour l’installation.
Du côté des réglages natifs, Android 13 et ultérieurs permettent de limiter partiellement la collecte via les paramètres de confidentialité avancés. Reste à naviguer dans un labyrinthe de 47 options réparties sur six menus différents (nous avons compté). Apple centralise ces réglages dans une section dédiée, plus accessible au grand public.
Les alternatives « dégooglisées » comme les Huawei récents (sans Google Services) ou les smartphones /e/ Foundation réduisent certes les transmissions, mais remplacent souvent la surveillance Google par celle d’autres acteurs. Attention cela dit : désactiver complètement la télémétrie peut compromettre les mises à jour de sécurité automatiques, un arbitrage délicat entre vie privée et protection.
Google justifie cette collecte intensive par l’amélioration de l’expérience utilisateur et la personnalisation des services, mais les 20x de différence avec iOS interrogent sur la proportionnalité. Votre smartphone en sait décidément plus sur vous que votre entourage.
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