Keir Starmer n'a pas mâché ses mots : « Les réseaux sociaux rendent les enfants malheureux. » C'est sur cette phrase-choc que le Premier ministre britannique a annoncé, lundi 16 juin 2026, l'interdiction totale des grandes plateformes pour les moins de 16 ans. TikTok, Instagram, Facebook, Snapchat, YouTube et X sont dans le viseur. L'application de la mesure est attendue au printemps 2027, et le Royaume-Uni entend aller plus loin que l'Australie, pionnière du genre, en ciblant aussi le livestreaming et certains chatbots sentimentaux.
Ce que la loi prévoit concrètement
Le texte est relativement précis sur les contours de l'interdiction. Les plateformes visées devront empêcher les moins de 16 ans de télécharger leurs applications et d'accéder à leurs services. Les géants du secteur qui ne prennent pas de « mesures raisonnables » pour exclure ce public s'exposent à des amendes de plusieurs millions, sur le modèle australien.
Quelques exceptions notables, tout de même : WhatsApp et Signal ne sont pas concernés (ce sont des services de messagerie, pas des réseaux sociaux au sens strict), et YouTube Kids reste accessible. Keir Starmer a insisté sur un point : les sanctions cibleront les entreprises technologiques, pas les enfants pris en défaut.
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- TikTok, Instagram, Facebook, Snapchat, YouTube et X : interdits aux moins de 16 ans
- Livestreaming : interdit aux mineurs, y compris sur les plateformes de jeux
- Chatbots romantiques ou sexuels : réservés aux plus de 18 ans
- WhatsApp, Signal et YouTube Kids : hors du champ de l'interdiction
- Restrictions par défaut activées pour les 17 ans : une mesure supplémentaire prévue
Le gouvernement envisage d'ailleurs des mesures supplémentaires pour les moins de 18 ans : des coupures de défilement infini et des couvre-feux nocturnes sur certains usages. Rien n'est encore figé sur ce volet, mais la direction est claire.
Cette annonce s'appuie sur une consultation publique qui a recueilli 116 000 réponses. Plus de 90 % des participants plaidaient pour une interdiction aux moins de 16 ans. Une consultation distincte portant sur 9 499 parents et tuteurs révèle que 89 % soutenaient fermement un âge légal minimum, et 88 % souhaitaient que cet âge soit fixé à 16 ans. De quoi donner une légitimité populaire au texte, même si la popularité d'une mesure ne dit pas grand-chose de son efficacité.
Un consensus de façade : les critiques ne manquent pas
Meta, YouTube et Snapchat ont répondu, presque à l'unisson, que la loi risquait de produire l'effet inverse. Un porte-parole de YouTube a résumé la position des plateformes : « Les interdictions globales poussent les enfants vers des services anonymes et moins sûrs. » Meta, de son côté, affirme partager l'objectif de protéger les adolescents, tout en assurant que ses « comptes ados » limitent déjà les contacts et le contenu accessibles.
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« C'est beaucoup trop facile à contourner. Les outils de vérification d'âge se sont révélés inefficaces jusqu'ici. » (Kate Edwards, Molly Rose Foundation)
C'est là que le bât blesse. En Australie, premier pays à avoir franchi ce cap, 61 % des 12-15 ans qui avaient des comptes avant l'interdiction y ont encore accès aujourd'hui, via des VPN, des expressions faciales volontairement inhabituelles ou l'aide d'amis plus âgés. Starmer n'ignore pas ces chiffres : il compare la situation à la vente d'alcool aux mineurs. On ne supprime pas la loi parce que des adolescents trouvent le moyen de se procurer de la bière. L'argument est honnête, mais il ne répond pas à la vraie question.
Jon Crowcroft, professeur de systèmes de communication à l'université de Cambridge, est plus direct : « Il y a un risque réel que cela pousse certains utilisateurs vers des sites bien pires, et surveiller les appareils est techniquement quasi impossible. » Kate Edwards, de la fondation Molly Rose (créée en mémoire de Molly Russell, 14 ans, décédée après avoir été exposée à du contenu d'automutilation), enfonce le clou en soulignant que la loi ne touche pas aux algorithmes, le problème de fond selon elle.
Attention cela dit : les partisanes d'une loi stricte, comme Ellen Roome, dont le fils de 14 ans est décédé après un défi en ligne, estiment que les plateformes auraient pu agir seules depuis longtemps. Elles ne l'ont pas fait. C'est peut-être la seule certitude dans ce débat.
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Le Royaume-Uni rejoint ainsi une liste de pays qui s'attaquent à la question : Australie, Canada, Brésil, Malaisie, Indonésie ont déjà légiféré ou annoncé des restrictions. La France, l'Espagne, la Norvège, le Danemark, la Thaïlande et la Corée du Sud étudient des mesures similaires. Pas moins d'une dizaine de gouvernements qui s'accordent sur le diagnostic, mais divergent encore sur le remède. Reste à voir si le modèle britannique, plus ambitieux sur le papier que celui de l'Australie, tiendra face à l'épreuve des usages réels.
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